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mercredi, 18 juin 2014

Lettre du Mollah Omar par Marco Travaglio

Je suis le Mullah Omar; j’ai 44 ans, 4 femmes et plusieurs enfants.

Je suis originaire de Kandhar, et donc je ne suis pas arabe, mais Afghan.

Dans ma vie j’ai fait un peu de tout : le combattant, le politicien, le guide spirituel et de nouveau le combattant.

J'ai rencontréles plus grandes arméesdu monde : à 20 ans j’ai combattu l’Armée Rouge (j’y est laissé des plumes), maintenant je combats contre les Etats-Unis, les Anglais et leurs alliés de l’OTAN.

Seulement, quand je combattais les soviétiques, je plaisais beaucoup à vous les occidentaux  et les armes c’est vous qui m’en approvisionniez.

Maintenant, et c’est compréhensible, je ne vous plais plus.

Pourtant, je suis resté le même.
Je connais bien Ben Laden depuis l'invasion soviétique, quand lui aussi vous plaisait beaucoup.

Mais nous n'avons rien en commun : lui il est Arabe, un calife plein de pétrodollars saoudiens. Il nous a aidé contre l'Armée rouge et plus tard il nous a donné beaucoup d'argent pour construire des routes, des ponts, des écoles et des hôpitaux.

Pour cela, il était très aimé par les Afghans et quand je suis entré dans Kaboul en 1996, je l'ai laissé là-bas.

Mais en 98, il a été accusé d’avoir organisé et financé des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, et sa présence en Afghanistan était devenue un problème.

Notamment parce que Clinton a commencé à bombarder la région de Khost, en pensant qu'il était là: mais en lieu et place il y a eu des centaines de civils tués.

Il y avait eu un accord entre mon gouvernement et Clinton, mais oui, selon les documents du Département d'Etat, même les Américains avaient affaire avec les talibans. Ils avaient mon numéro. J'ai envoyé mon bras droit Wakij Ahmed à Washington, se réunir deux fois Clinton: le 28 Novembre et le 18 Décembre de l’an 1998. Clinton voulait que nous tuions Ben Laden, ou du moins l’expulser.

Mais c’était impossible de l’expulser car il était trop populaire. Nous avons offert de fournir les détails de sa cachette, de sorte que les Etats-Unis pourraient frapper sans faute, afin qu’ils arrêtent de nous bombarder ; mais  Clinton a inexplicablement refusé.
Par la suite, nos relations se sont détériorées, mais certainement pas pour la burka pour les femmes ou pour les téléviseurs détruits ou les statues détruites de Bouddha: mais plutôt parce que j'ai refusé de confier la construction du méga gazoduc du Turkménistan au Pakistan à la société américaine Unocal : les Américains le voulaient, notamment parce que dans Unocal y avait les intérêts de Dick Cheney, Condoleezza Rice, et l’actuel président afghan Hamid Karzaï.

Maintenant vous faites semblant d’être scandalisés par l’affaire de l'opium, mais en 98 et en 99, j'ai suggéré à plusieurs reprises aux Etats-Unis et à l'ONU d’arrêter la culture du pavot en échange de notre reconnaissance.

En vain.

En 2000, j’ai gelé unilatéralement la culture du pavot, au milieu des protestations de centaines de milliers de paysans, mais le Coran interdit la production et la consommation de la drogue, et pour moi le Coran est une affaire sérieuse.

Résultat: le prix de l'opium est monté en flèche avec des dommages terribles aux grandes mafias du trafic de drogue.

C’est peut-être une coïncidence, mais moins d'un an après vous nous avez  attaqués.

Maintenant, en Afghanistan «libéré» et «démocratique», on produit plus d'opium que par le passé : 87% de l'opium mondial.

Après le 11 Septembre, les Américains nous ont demandé à nouveau de leur livrer Ben Laden. Nous avons demandé des preuves de son implication et ils ne nous les ont jamais fournies : nous n'avons pas donné Ben Laden et ils nous ont attaqué et ce, bien qu'il n'y ait pas un seul afghan dans les commandos accusés d’avoir fait tomber les deux tours jumelles ; et bien qu’aucun afghan n'a jamais été trouvée dans les cellules d'Al-Qaïda : il y avait des Saoudiens, des Egyptiens, des Jordaniens, des Tunisiens, des Algériens, des Marocains, des Yéménites etc ... Ni afghans, ni irakiens. Pourtant, vous êtes venus envahir l'Irak et l'Afghanistan. Avez-vous déjàpensé àbombarderla Sicilependant cinq anspour raserProvenzano?Pourtant, c'était un fugitif depuis 43 ans, Ben Laden l’était tout juste pour deux.

Nous ne sommes pas une nation de terroristes. Les premières voitures piégées ont explosé en 2006, après cinq années d’occupation, un peu parce que ces cinq années ont ébranlé et saccagé nos traditions. Un peu parce qu’un bon nombre de terroristes vient de l'extérieur. Un peu car avec les Russes, au moins, nous avons pu livrer bataille : leurs troupes étaient sur le terrain. Avec les Américains, c'est impossible: nous les voyons passer dans leurs B52 à 10 000 mètres d’hauteur.

Il y a un an, un Predator américain sans pilote ni équipage a bombardé le petit village pakistanais Domadola à la frontière avec l'Afghanistan, en pensant que moi et Al-Zawahiri y étaient. Il a tué 18 civils, dont 8 femmes et 5 enfants. Aucun Américain, pour la simple raison que les Américains n'étaient pas sur place : le Predator était commandé à distance à partir d'une base dans le Nevada, où le pilote a dirigé les opérations par satellite. C'est la «guerre asymétrique», qui est, sans frais, au moins pour vous. Pas pour notre peuple.

Rappelez-vous, je ne cherche pas à faire le Saint. Je suis un guerrier féroce et fanatique, mais juste.

Aussi longtemps que j’avais le contrôle de la situation, il n’y a pas eu un seul enlèvement : une fois une journaliste britannique a pénétré dans notre pays déguisée en homme, elle a été bien traitée, et quand  nous avions établi que ce n'était pas une espion, elle a été libérée sans compensation trois jours plus tard.

Que dites-vous de vos agents qui, à la libre ville de Milan, se sont emparés d'un imam pour l'envoyer à l'Egypte se faire torturer?

Vous dites que nous gardons nos femmes trop couvertes. Peut-être. Mais vous exagérez dans l'autre sens: il est possible chez vous qu’une femme passe à la télévision en maillot de bain, peut-être même avec le crucifix entre ses seins? Vous n'avez pas un endroit plus décent pour mettre le fils de votre Dieu?

C'est vrai, je ne reconnais pas la laïcité et la séparation de la religion et la politique. Mais vous êtes mal placés pour venir me donner des leçons : je sais que beaucoup de politiciens prennent les ordres de la part des chefs religieux, entre autres résidant dans un État étranger.

Maintenant, je dois dire au revoir. Mais laissez-moi vous remercier pour le service involontaire que vous m’avez offert à moi et aux talibans : en 2001, lorsque vous nous aviez chassés de Kaboul, nous étions très impopulaires dans la majorité des Afghans. Maintenant que les Afghans vous ont connus et ont vu travailler le soi-disant démocratique président Karzaï, nous sommes devenus extrêmement populaires. Tant et si bien que je continue à faire du vélo et de side-car. Sur ma tête, il ya une prime de 50 millions de dollars, mais personne n'a jamais pensé à me trahir pour l’encaisser.

Je vous laisse avec une citation d’un de vos saints, que vous devez connaitre, Augustin d'Hippone. Ellle est tirée de la Cité de Dieu:

«Une fois on a porté devant Alexandre le Grand un célèbre pirate capturé.

Alexandre lui demanda: «Pourquoi vous infestez les mers avec une telle audace et aussi une telle liberté ?."

Le pirate a répondu: «Pour la même raison que vous infester la terre, mais parce que je le fais avec un petit bateau, je suis appelé pirate, et parce que vous le faites avec une grande flotte, on vous appelle empereur."

Méditez, infidèles, méditez.

Sincèrement mollah Omar.

12:02 Écrit par petitprince | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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